Pourquoi les sneakers de tennis sont-elles souvent blanches ?

|Lard van Boeckel

Imaginez un joueur de tennis classique et vous voyez sans doute du blanc : un polo blanc, un short blanc et des chaussures blanches. L'image est si familière qu'elle ressemble presque à une règle du sport. Mais pourquoi les chaussures de tennis sont-elles devenues blanches ?

La réponse courte : les chaussures ont suivi les vêtements. Le blanc est devenu la couleur traditionnelle de la tenue de tennis, et les chaussures complétaient le look. Aujourd'hui, les chaussures blanches relèvent de la tradition plutôt que de l'obligation dans la plupart des compétitions. Wimbledon est l'exception la plus connue : son code vestimentaire impose toujours des chaussures presque entièrement blanches.

Nous avons demandé à Huub van Boeckel, ancien joueur de tennis professionnel et fondateur de HUB Footwear, comment il a vécu cela de l'intérieur. Il a disputé les quatre tournois du Grand Chelem et a été sous contrat chaussures avec Adidas pendant une partie de sa carrière.

Huub van Boeckel en action sur un court en gazon à Wimbledon

D'où vient le blanc

Le tennis sur gazon n'est pas né de rien. Il descend du jeu de paume, le jeu en salle plus ancien qui se pratique encore aujourd'hui, bien qu'à très petite échelle.

« Le tennis tel que nous le connaissons, c'est le lawn tennis, généralement joué en extérieur et aujourd'hui aussi en salle, explique Huub. Il vient du jeu de paume, le real tennis, qui se joue encore surtout en Angleterre, mais aussi en France, aux États-Unis et en Australie. Je crois qu'il n'existe qu'environ 55 ou 60 courts dans le monde. Au jeu de paume, la tenue blanche est toujours obligatoire. »

C'est ce dernier détail qui est intéressant. Le jeu le plus ancien a conservé l'obligation du blanc, que le tennis sur gazon a abandonnée partout, sauf à Wimbledon.

Si le tout-blanc s'est imposé dans le tennis sur gazon lui-même, c'est pour des raisons profondément victoriennes. Le blanc coûtait cher à entretenir, ce qui en faisait un signe de statut social bien pratique. Il réfléchit la lumière du soleil au lieu de l'absorber. Et la transpiration s'y voit beaucoup moins que sur un tissu coloré, ce qui comptait à une époque où la sueur visible était jugée inconvenante. La tenue blanche du cricket et les robes légères des garden-parties allaient dans le même sens. En 1890, Wimbledon en a fait une règle.

Ces explications survivent dans le monde du tennis comme une sagesse transmise, et Huub les reconnaît.

« Dans le sport, je pense que le blanc était associé à la propreté, à l'élégance et aux bonnes manières, dit-il. On dit aussi que les traces de transpiration se voient moins sur le blanc. Surtout à l'époque où les joueurs portaient des pantalons longs et des manches longues, on devait pas mal transpirer. »

Ce qu'était vraiment une chaussure de tennis

Pendant la majeure partie du vingtième siècle, une chaussure de tennis était une chaussure en toile avec une semelle en caoutchouc. Rien de plus.

« La chaussure dont je me souviens le mieux, c'est l'Adidas Ivan Lendl, vers 1985 à 1987, raconte Huub. Avant, je jouais en Puma, mais je ne me souviens plus du modèle, et encore avant en Spring Court et en Dunlop Volley. C'étaient des chaussures en toile, qui remontent aux années soixante. »

Le vrai amorti est arrivé tard. « Ce n'est que dans les années quatre-vingt qu'on a vu une réelle évolution vers des chaussures de tennis plus confortables. Avant, c'étaient en gros de petites chaussures en toile. Des modèles comme Vans et Pro-Keds sont essentiellement dérivés des chaussures de tennis des années trente et quarante. »

Ces chaussures en toile étaient blanches, pour une raison simple. « Surtout blanches, oui. Le tennis s'est toujours joué en tenue blanche, donc les chaussures blanches allaient avec. Ça aurait eu l'air un peu bizarre de porter une tenue de tennis blanche avec des chaussures rouge vif. »

Les vêtements ont pris des couleurs avant les chaussures

La couleur est arrivée sur le court plus tôt qu'on ne le pense, et elle est d'abord apparue sur les vêtements.

« Arthur Ashe a été l'un des premiers joueurs que j'ai remarqués en tenue de tennis colorée. Ce devait être à la fin des années soixante, dit Huub. J'étais junior au début des années soixante-dix, et c'est là que la couleur a vraiment percé. Il y avait des marques comme Ellesse, Fila et Sergio Tacchini. Les marques italiennes surtout ont apporté beaucoup de couleur et de très beaux vêtements. »

Les chaussures n'ont pas suivi. « Elles sont restées principalement blanches pendant très longtemps. La couleur n'est vraiment arrivée qu'avec l'essor d'Andre Agassi et de Nike. Au début, Nike faisait des chaussures de tennis blanches avec un logo coloré. Mais Agassi portait des vêtements fluo, et ces couleurs se retrouvaient dans ses chaussures. À partir de ce moment-là, toutes les couleurs étaient possibles. »

Voilà le tournant : pas le jour où la tenue de tennis a pris des couleurs, mais le jour où la chaussure a cessé d'être la dernière pièce blanche.

Les chaussures blanches sont-elles obligatoires au tennis aujourd'hui ?

En général, non. Les joueurs peuvent porter des chaussures de nombreuses couleurs, selon le règlement du tournoi. Wimbledon reste l'exception : selon son règlement vestimentaire, les chaussures doivent y être presque entièrement blanches, semelles et lacets compris.

Pourquoi le blanc a survécu au court

Loin du court, la chaussure de tennis blanche a connu une seconde vie. La forme était simple, la couleur allait avec tout, et lorsque les chaussures de tennis sont passées aux semelles intermédiaires en EVA, à l'amorti et aux semelles extérieures adaptées à chaque surface, la simple chaussure blanche était devenue un basique de la garde-robe, même pour ceux qui n'avaient jamais joué un set.

Pour Huub, c'est aussi pour cela que les sneakers se sont imposées en général. « Les sneakers commençaient tout juste à apparaître. La différence était énorme. Les chaussures en cuir avec semelle en cuir sont superbes, mais il faut les faire, parfois pendant des semaines ou des mois. Elles s'usent plus vite et sont loin d'être aussi confortables. »

D'où viennent nos propres chaussures

Quand Huub a lancé HUB, il n'avait pas l'intention de créer une chaussure de tennis. Il est pourtant parti d'une chaussure de tennis.

« C'était purement intuitif, je n'y ai jamais réfléchi consciemment, dit-il. J'ai pris comme base une semelle de tennis de la fin des années soixante-dix et j'ai dessiné une tige casual dessus, en cuir marron. J'ai tout de même modifié la semelle. La semelle de tennis d'origine était bien plus épaisse et je préférais quelque chose de très fin, alors je l'ai à peu près divisée par deux et j'ai légèrement adapté les crampons, même si cela restait un motif de tennis. »

Une décision prise pour cette toute première paire se retrouve encore dans chaque chaussure que nous fabriquons. « Comme cette semelle était assez fine, j'ai mis dès le départ une semelle intérieure presque orthopédique. Elle est toujours dans nos chaussures HUB aujourd'hui. Elle les rend confortables, et avec ces semelles fines, on ne sentait pas tout de suite le moindre caillou sous le pied. »

La réponse à la question de savoir pourquoi les chaussures de tennis sont blanches passe donc par les pelouses victoriennes, les salles de jeu de paume françaises et une Dunlop Volley en toile. Celle qui explique pourquoi nos chaussures ont cette allure passe par une semelle de tennis de la fin des années soixante-dix, coupée en deux.